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Saint-Valentin : Twitter, la drague en 140 signes


Saint-Valentin : Twitter, la drague en 140 signes
"C'est comme rencontrer quelqu'un dans une fête, mais virtuelle." Constance, 25 ans, résume l'autre usage du site micro-blogging désormais très utile à ceux qui veulent séduire.

Twitter n’a pas été inventé pour draguer. Non, plutôt pour que les employés d’une start-up américaine puisse dire ce qu’ils faisaient en temps réel. Sur le réseau de micro-blogging, chaque utilisateur en suit d’autres et poste des messages de 140 caractères que ses abonnés recevront. Il n’y a pas, comme sur les sites de rencontres, de question sous-jacente : suis-je à la recherche une histoire sérieuse ou une rencontre d’un soir ? 
Pas d’algorithme, de critères à remplir, une ligne de bio et une photo de profil suffisent... Avec 3,3 millions d’utilisateurs français en juillet 2011, selon une étude semiocast, Twitter apparaît comme un moyen facile d’apprendre à se connaître et de discuter avant de se rencontrer. 
"Twitter, c’est comme rencontrer quelqu’un dans une fête, mais une fête virtuelle", explique Constance, étudiante qui a rencontré Antoine, jeune journaliste, via Twitter, en juin 2011. Constance et Antoine se sont échangés des messages privés pendant 3 semaines, avant de partir en vacances deux semaines plus tard. "On se draguait sans se draguer, on discutait littérature et porno", confirment-ils. 
"C’est toujours amusant de raconter 'où' nous nous sommes rencontrés", souligne Antoine. "On a beaucoup blagué [sur nos contacts Twitter en commun], on a échangé nos potins respectifs, on disait du mal des autres. On ne s’imaginait pas que l’on serait encore ensemble 8 mois plus tard." Aujourd’hui, ces twit-tourtereaux s’apprêtent à emménager ensemble. 
"'Un jeu sans enjeux" 
On ne s’inscrit pas sur Twitter pour trouver l’amour. Certains cherchent un regard sur l’actualité. D’autres suivent leurs proches. Mais, à la différence de Facebook, pas de chat, pas de poke. A la place, des messages privés, dits "DM". Contrairement à une messagerie instantanée, ces DM n'impliquent pas une réponse systématique. Le DM, aussi court et pratique qu’un SMS, devient le mot doux 2.0. Le plan de drague virtuelle est vite trouvé : un message privé bref et incisif. 
"J’ai reçu de nombreux messages d’utilisateurs de Twitter, mais je n’ai jamais donné suite". Si certains s’en amusent, d’autres comme Sabrina, consultante, n’en ont rien à faire et laisse passer. Mais elle souligne que les hommes semblent être plus dragueurs que la gent féminine. 
L’avantage de Twitter par rapport aux sites de rencontres ? "Les affinités électives". Les "twittos" échangent sur des sujets qu’ils ont en commun. La rencontre est ensuite plus naturelle, puisqu’ils se disent rapidement qu’ils pourraient bien s’entendre. "Je savais qu’il n’allait pas me déplaire", souligne Constance à propos de sa rencontre avec Antoine. 
"Sur Twitter - comme sur internet en général - ce qui domine c’est cette idée d'un espace de jeu sans enjeux", commente le sociologue Jean-Claude Kaufmann. "Ce jeu sans enjeux permet toutes les libertés et initiatives, particulièrement favorable aux séductions diverses, y compris les plus audacieuses", poursuit l’auteur de "Sex@amour". 
"A l'inverse, dans la vie réelle, toute séduction fait l'objet d'un incroyable self-contrôle. On considère que la séduction réelle entraîne forcément un engagement réel et effrayant. Beaucoup d'histoires commencent sur Twitter, justement parce qu'on s'y lâche plus facilement", résume Jean-Claude Kaufmann. 
Jeu dangereux ? 
Quand une relation s’amorce sur Twitter, les autres utilisateurs servent de public. Mise en scène et échanges passent dans le flux de messages. Le jeu est de savoir si quelqu’un va finir par s’en rendre compte... Un jeu compliqué face à un nombre croissants d’utilisateurs. "Le plus compliqué est de savoir à quel moment cela devient un peu public", raconte un twitto de 25 ans rompu à l’exercice. 
Bien conscients du potentiel de Twitter, de nombreux sites érotiques et pornos proposent leur services via le réseau de micro-blogging. Les comptes aux photos suggestives sont de plus en plus nombreux et certains utilisateurs se laissent encore prendre et cliquent sur le liens qui renvoient vers ces sites pornos. 
Outre le jeu, l’erreur technique est souvent source de tracas, puisque rendant public un message à l’origine privé (on parle de "DM fail"). "Si j’ai un conseil à donner, c’est de ne pas draguer sur Twitter", lance la blogueuse Titiou Lecoq. "Vu le nombre de 'DM Fail', mieux vaut s’abstenir... Il suffit de voir le cas d’Anthony Weiner !" Cet élu démocrate de New York a démissionné après la publication de photographies explicites sur Twitter. 
Le consultant Erwann Gaucher a connu une mésaventure (qu'il explique ici), le ministre Eric Besson a lui fait une erreur de manipulation, rendant public son retour au lit "épuisé". 

La pire des erreurs est maintenant de continuer à exprimer publiquement ses pensées personnelles, alors que son employeur suit consciencieusement tous vos messages. "Twitter est drôle, jusqu’à ce que l’on ne s’amuse plus", lance "le New York Times". "Twitter, ce n’est que pour le boulot, que des liens vers le site de mon entreprise, rien à propos de ma vie", confie Francis, 35 ans. 
Reste qu'une fois en couple, mieux vaut prendre ses distances avec le réseau... au risque de voir son partenaire lire ses messages au lit. 
Mélissa Bounoua et Boris Manenti - Le Nouvel Observateur

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